Expérience immersive sur le thème du Cruising.
Remerciements :
Jean Le Goff, Thomas Boticelli, Dominique Desgranges, Iheb Fehri, Robyn Ballantines, Nicolas Monti, Stelian, Marc Turlan
David Martinez, Valentin Maynadié, Christian et Bertrand Vignole
Né de la clandestinité de la condition homosexuelle et documentée depuis plusieurs siècles, le cruising désigne une pratique de rencontre dans des espaces publics ou semi- publics. Parcs, plages, toilettes publiques, parkings ou friches urbaines deviennent des lieux d’interactions passagers entre inconnus, guidées par le regard, le mouvement et la présence des corps. Elle constitue une forme singulière de sociabilité.
L’écrivain Samuel R. Delany décrit ainsi les lieux de cruising de Times Square des années 1960 à la fin du XXe siècle, comme des espaces d’échanges horizontaux et inattendus, où se rencontrent des individus issus de milieux sociaux très différents. La nature publique des espaces investis permet a tous les utilisateurs de créer du lien social sans distinction, de s’y refugier : l’auteur avance ainsi que le cruising a une fonction sociale essentielle.
L’histoire de l’architecture et de l’urbanisme moderne s’est largement construite autour de normes de productivité, de visibilité et de respectabilité qui ont souvent exclu les pratiques sexuelles non normatives.
Les lieux de cruising ont ainsi été régulièrement effacés ou transformés : toilettes publiques supprimées, végétation des parcs modifiée pour éliminer les zones d’ombre, friches urbaines réaménagées. Avec la disparition de ces espaces vient la perte du service social rendu.
Cruising Sanctuary propose d’explorer cette géographie fragile à travers une expérience de réalité virtuelle. Le projet consiste à scanner en 3D plusieurs lieux associés à la pratique du cruising autour et dans Paris, dont la dernière vespasienne, ancien modèle d’urinoir urbain devenu emblématique de ce mode de rencontre.
Les corps de pratiquants sont aussi scannés et réunis dans le décor afin de reconstituer une scène immersive. Plutôt que de collecter ces espaces de manière purement documentaire, nous les transformons en sanctuaires : des architectures symboliques composées d’autels, de portails, de reliques et d’éléments rituels. L'œuvre interroge la possibilité de sanctuarisation de ces non-lieux pour qu’ils puissent jouer leur rôle de refuge, militant ainsi pour la prise en compte de ces usages parallèles dans les projets d’aménagement.
Scan 3D et Outil Brushstroke dans Blender